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  • La maison vide :

    Découvrir ensemble la future maison, c’est pour cette raison que maman m’ avait habillée comme si nous étions invités. Me déguiser en enfant sage, c’était le truc de maman quand on devait aller voir quelqu’un ou quelque chose d’important… Puisque c’était là, qu’en général, papa nous prenait en photo.
    De l’extérieur, elle n’invitait pas à l’optimisme cette maison cube juchée sur un tas de terre battue. En m’aidant à ouvrir la trop lourde portière de la voiture, pour me rassurer maman m’affirma que bientôt , c’est – à dire dans deux mois, quand les clôtures seront terminées, nous planterions plein de fleurs. On aurait dit qu’elle ne trouvait pas les bons mots pour m’aider à me projeter dans cet avenir synonyme, à cet instant précis, de nouvelle adresse.
    La maison vide sentait les travaux, odeur de plâtre et de peinture collant aux murs. Mon petit air triste continuait de scruter le tout, du sol au plafond, et de travers.

    C’est en découvrant la lumière qui jaillissait dans la pièce, que j’ai su que je me plairais dans ma nouvelle chambre. En une fraction de seconde, j’ai commencé à adopter ma future antre, entre deux états vagues.
    C’est à ce moment précis que ma maman me chuchota à l’oreille, qu’elle avait choisi pour moi le meilleur emplacement.

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  • Arrête de toiser les gens : conseil avisé de maman !

    Je repense à ces sandalettes rouges, celles de mon enfant.
    Des sandalettes qui trottaient sur le carrelage de notre ancienne maison.
    Guillaume était âgé de deux ans exactement. De sa salopette en jean fusait quantités d’éclats de rires. Sous sa frange blonde deux grands yeux bleus dévisageaient tout le temps.
    Un regard intense qui continue encore de déclencher des accents circonflexes sur le front de certaines têtes raides qui se retrouvent face à mon garçon de 16 ans exactement…

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  • 88

    Le souvenir d’une journée s ‘enroulant autour du mot : « partez ». Rien qu’un mot collé, plaqué à cet espace temps. « partez » : tous les coureurs réunis aujourd’hui attendent et redoutent. Si tout se passe comme prévu dans quatre minutes exactement le mot fusera. Au moins quatre cent personnes s’agglutinent derrière ce mot matérialisé par la ligne D celle du départ. En attendant, je dois bien moi aussi traverser ces quatre minutes, enfin trois minutes 12 secondes à présent. Mon regard dessine un cercle autour de moi, et s’arrête sur cette femme. Une concurrente ? Sur sa poitrine est accroché en gros et sur papier le numéro 88. Un dossard porté devant. Trois épingles à nourrice attachent ce chiffre que j’aime infiniment. La femme se tortille, son impatience fait ressortir les muscles de ses cuisses. Je me dis que cette candidate très brune sans doute âgée d’une petite trentaine peut se permettre de porter un short minuscule et un débardeur l’étant tout autant. J’envie ce corps de toutes les façons. J’aimerais » tant « connaître l’effet que pourrait  me faire d’habiter une chair d’athlète, ne serait-ce que deux minutes trente cinq secondes exactement. Numéro 88 trottine sur place, n’arrive pas à tenir en place. Moi j’ai les pieds comme enracinés dans l’asphalte : goudron ne brulant pas encore la plante de mes pieds, je continue de contempler cette femme. Derrière sa peau je devine des années d’entrainement, des fractionnés qui, sans doute, ont duré pour elle une éternité. Ça prend du temps parfois l’épuisement…Mon regard remonte jusqu’à son visage. J’éprouve le besoin de tirer un portrait de l’instant. Plus qu’une minute trente secondes il me semble. Je ne comprends pas vraiment pourquoi le besoin d’avoir une tête à me souvenir m’habite. Peut -être est ce à cause de ma solitude, de l’absence de mon compagnon. Pour certains courir ne représente qu’une perte de temps. Numéro 88 n’a de cesse de balancer en avant, en arrière, de droite à gauche. Je ne parviens pas à capter son regard. Il me reste à peine trente secondes pour que mes yeux arrivent enfin à la photographier. Le mouvement décidément la détend, l’aide à traverser le T.A.N.T. Il ne me reste donc plus qu’à chaparder au vol un peu de son énergie. PARTEZ. Le mot est lâché. Instinctivement je laisse filer numéro 88. J’ai déjà en tête le mot suivant, bientôt je lirai sur le goudron et sous mes pieds le mot : ARRIVÉE…  

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